L’intolérance devenue intolérable
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Louise-Maude Rioux Soucy, en éditorial sur Le Devoir en date du 23 juillet 2025 à 08h49
Ils ont des vies à pourrir, j’ai un avenir à construire. » L’influenceur québécois et diplômé de médecine Nabil Amraoui, alias Nabil Queen, a pris la parole le mois dernier pour dénoncer une agression homophobe si violente qu’elle l’a laissé sonné et désorienté avant de lui commander de fuir pour éviter d’autres coups. Ici, dans les rues de Montréal. Anomalie dans la matrice ? Si seulement c’était le cas.
Cette violence assumée, Interligne la voit monter. Dans son rapport annuel fraîchement sorti des presses, l’organisme qui offre des services d’aide pour la communauté LGBTQ+ indique que les appels de personnes victimes de violence ont grimpé de 110 %. Ses petits frères jugés plus policés, mais pas moins toxiques — entendre ici : des appels pour des motifs de discrimination, de racisme et de classisme —, ont pour leur part entraîné une augmentation des appels de 308 % !
Ces données concordent avec celles de Statistique Canada. Dans sa plus récente analyse, l’organisme fédéral notait que la hausse annuelle du nombre de crimes haineux déclarés par la police d’un océan à l’autre était en grande partie attribuable à l’augmentation du nombre de crimes haineux ciblant une religion (+67 %, dont plus des deux tiers à l’endroit des juifs) et une orientation sexuelle (+69 %). Il notait aussi que les crimes haineux ciblant l’identité ou l’expression de genre avaient plus que doublé depuis 2020.
(...) Le Québec n’a pas à rougir de son legs de chef de file en matière de reconnaissance et de respect des droits des personnes LGBTQ+. Cela ne le met pas pour autant à l’abri du vent de conservatisme qui souffle, y compris dans le monde occidental, que ce soit en France, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, par exemple.
On peut et on doit dénoncer les positions publiques au vitriol, qui flirtent avec l’exclusion, la discrimination et la haine, y compris dans certains camps politiques dont on espérerait plus de hauteur. Il faut continuer de parler de l’impact délétère des chambres d’écho et des réseaux sociaux pour forcer les géants numériques et les États à réagir en conséquence. Il faut s’intéresser à l’isolement, qui rend nos communautés indifférentes au sort des autres. Il faut continuer d’éduquer et de sensibiliser, en tout respect des idées de chacun, et trouver aussi de nouvelles manières de le faire.
Mais il faut également prendre conscience que notre société ne tient pas ses promesses en accueillant les poussées d’intolérance comme des éruptions inévitables. Au Nouvelliste, en mai dernier, Samuel Desbiens a raconté avoir été apostrophé par un homme dans la trentaine, hors de lui et poings serrés, dans un restaurant de Trois-Rivières : « Vous autres, les trans, vous allez bientôt disparaître », parce qu’on n’a « pas besoin de ça au Québec » ! Personne n’est intervenu. Silence radio, regards ailleurs. L’intervenant de Trans Mauricie Centre-du-Québec a eu peur, a emporté son repas et l’a engouffré dans son auto, sous le choc.
Pour ses abonnés, Nabil Queen avait eu ce sage conseil après son agression : « La haine ne m’arrête pas et elle ne devrait pas t’arrêter, toi non plus. » Il faudrait tous l’appliquer, gais ou pas, trans ou pas. Et pas seulement pour donner un sentiment de sécurité essentiel aux personnes gaies, trans et à leurs proches, mais aussi parce qu’il paraît nécessaire, en 2025, de nous donner à nous tous, leurs alliés, la légitimité, solide et assumée, de nous interposer contre la bêtise et la haine.
Lire le texte intégral sur le journal Le Devoir.
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