Le Canada est-il vraiment un sanctuaire pour les immigrants LGBTQ+
![]()
Sarah R. Champagne sur Le Devoir en date du 04 août 2025 à 17h05
Photo : Patrick Sicotte publiée sur Le Devoir.Le Village s’anime. Voilà l’occasion de prêter attention aux réalités des personnes LGBTQ+. Droits fragiles, discours haineux, accès inégal aux services : au-delà des célébrations, des défis persistants demeurent. Cette série de textes propose un regard critique sur ces questions, à travers des témoignages, des analyses et des retours historiques. Parce que la visibilité ne garantit pas l’égalité. Aujourd’hui : l’immigration LGBTQ+.
À l’international, le Canada est vu comme un champion des droits des personnes LGBTQ+. Celles-ci sont de plus en plus nombreuses à demander la protection du pays en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, constatent des groupes. Mais des experts nous mettent en garde : des défis existent encore, même dans le sanctuaire qu’est le Canada, et la haine à l’endroit des personnes LGBTQ+ s’exprime de façon de plus en plus décomplexée.
(...) Au Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, 95 % des membres actifs sont de nouveaux arrivants, dont une grande majorité de demandeurs d’asile. Le nombre de ces membres est passé de 800 en 2022 à près de 5000 aujourd’hui.
(...) Même s’il existe peu de statistiques officielles en la matière, la hausse est aussi sans équivoque à l’échelle planétaire, selon Rainbow Railroad, une organisation qui aide des personnes LGBTQ+ persécutées à se réinstaller ailleurs dans le monde. En 2024, elle a reçu plus de 13 000 demandes d’aide de partout dans le monde — signe d’une véritable « crise », estime son directeur des communications, Timothy Chan. Du lot, elle est parvenue à en aider près de 6000 et à en réinstaller 302.
Rainbow Railroad est devenue un partenaire officiel du Programme des réfugiés parrainés par le gouvernement du Canada en 2023, en identifiant et en dirigeant des personnes LGBTQ+ vers Ottawa.
(...)
Bientôt des réfugiés LGBTQ+ américains ?
Au printemps dernier, David LeBlanc, avocat en immigration et directeur de Ferreira-Wells Immigration, recevait une centaine de demandes par semaine de la part d’Américains cherchant à immigrer au Canada, dont une grande partie considéraient demander l’asile. Quelques mois plus tard, au cœur de l’été, ce volume, confirme-t-il, « demeure très élevé », surtout de la part du « groupe le plus vulnérable » — les personnes trans ou les familles ayant un enfant trans.
« Juste le fait que des Américains songent à faire une demande d’asile au Canada était impensable il n’y a pas longtemps », dit quant à lui Michael Hughes, avocat en immigration à Toronto pour le cabinet Green & Spiegel. Actuellement, il est surtout question pour ces clients potentiels « d’avoir des options » si les choses « empirent à long terme » : sa firme dirige donc surtout ces personnes vers des programmes d’immigration économique.
Même dans le contexte actuel — et bien que le Canada « reste à l’avant-garde en tant que refuge sûr pour les personnes LGBTQ+ », dit Me LeBlanc —, la reconnaissance du droit d’asile à un Américain est encore plutôt improbable. En théorie, les citoyens américains peuvent demander le statut de réfugié au Canada à la frontière ; ils ne sont pas soumis à l’Entente sur les tiers pays sûrs. Mais en pratique, ils doivent démontrer qu’ils sont exposés à un risque personnel — et non pas collectif — de traitement cruel ou inhumain. Ils doivent en outre prouver l’impossibilité de trouver un « refuge interne », un endroit sûr quelque part chez notre immense voisin du Sud.
Cela n’a pas empêché Hannah Kreager, une femme trans originaire de l’Arizona, de déposer une demande d’asile au Canada en juin dernier. Selon son avocate, Yameena Ansari, son cas sera « un test » quant à la capacité du pays à « reconnaître la menace » qui pèse sur sa cliente aux États-Unis.
Lire l'intégral de l'article sur ledevoir.com.
![]()
![]()
Répondre ou Corrigervotre message
Remarque
Si la date ou l'heure de la publication est plus ancienne que celle indiquée dans l'index,
vous pouvez actualiser la page en cliquant ICI.